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Témoignages : “Notre travail s’installe dans nos vies personnelles”

Publié le 23 juillet 2018

Les profs travaillent peu ? Ce n’est pas le sentiment des professeurs que nous avons rencontrés. Charge et temps de travail, multiplication des tâches, rapports vie privée/vie professionnelle, quatre professeurs témoignent.

Il faut que tout soit prêt avant le cours

Lorsque le cours débute, la journée de travail du professeur a déjà commencé depuis bien longtemps. ”On va arriver beaucoup plus tôt au collège, rentrer dans la salle de classe, lancer sa session, ouvrir le logiciel de vie scolaire” témoigne Alexandre, professeur d’histoire-géographie et d’enseignement moral et civique à Brétigny-sur-Orge. Son heure d’arrivée ? “Facile une demi-heure avant le début de la classe” précise-t-il. Certaines disciplines appellent à des préparatifs spécifiques : “En tant que professeure de Physique Chimie, je dois m’occuper du matériel pour les expériences, préparer les solutions en chimie, nettoyer, ranger…” explique Marine, professeure de physique chimie en collège dans l’Essonne.

Tout au long de la journée, le travail s’égrène hors des temps d’enseignement. Au-delà de ces heures, “On est beaucoup plus présents dans l’établissement, il y a des heures de trou, on est sur l’ordinateur, aux photocopieuses, on échange, on va voir l’administration, les CPE” explique Dominique, professeur au lycée Camille Claudel à Vauréal.

Mais le travail a débuté bien avant d’arriver dans les établissements : “Il faut que tout soit prêt avant le cours, au millimètre, parce qu’en REP, si c’est mal préparé, que je n’ai pas les documents comme il faut, si je n’ai pas réfléchi aux transitions d’une activité à l’autre, le temps de l’activité et ce que j’attendais à la fin, ça va mal se passer” précise Audrey, professeure au collège Jean-Baptiste Clément à Colombes.

Alexandre ajoute que ce travail n’est pas que l’affaire des jeunes enseignants pour leurs premières années de cours : “‘De l’extérieur on se dit qu’on prépare un cours une fois et puis, c’est terminé, ce n’est pas vrai : les programmes changent régulièrement, on doit s’adapter à nos élèves et reprendre régulièrement nos cours”.

Des réponses par mail, même le week-end

Le travail de corrections, d’annotations, de préparation des conseil de classes ou d’échanges, avec les professeurs, la hiérarchie ou les parents et les élèves est ressenti comme très important. “Quand on a 4 classes de 30 élèves, ça fait plus d’une centaine d’appréciations à faire, ça prend énormément de temps, c’est comme le temps qu’on prend pour répondre aux mails de parents qui veulent parfois des réponses même le week-end” poursuit le professeur essonnien.

 

Au point que la frontière entre vie de famille et vie professionnelle devient parfois confuse. “Il n’y a pas de coupure claire. La vie professionnelle, elle pénètre la vie familiale. Je peux corriger des copies tard le soir, les copies de terminales sont longues, j’estime, comme ça, on peut corriger 3-4 copies dans une heure” indique Dominique. “On peut se laisser dévorer par le métier” prévient-il.

J’ai deux filles à la maison, j’essaie de faire un peu les deux en même temps, je corrige les copies au parc et ma fille me dit “Maman, laisse tomber tes copies” poursuit Marine. À un moment, la vie professionnelle déborde sur la vie familiale” conclut-elle.

20 H, 30 H, 40 H, 60 H ?

Aucun des professeurs que nous avons rencontré n’était capable de chiffrer précisément son temps de travail réel. “Je ne peux pas vous dire combien de temps je travaille” annonce Marine. “C’est extrêmement variable, de 20H à 60H selon les semaines” ajoute-t-elle avant d’énumérer les diverses tâches qui font varier son emploi du temps. “Estimer le temps de travail réel, c’est difficile” abonde Dominique. “À mon avis, je dépasse largement les 40 H, sans aucun problème” ajoute-t-il. “Je ne fais jamais 18 H par semaine, ça n’arrive jamais” précise Alexandre. “C’est compliqué, je ne saurais pas dire” nous dit Audrey.

 

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