Postes et effectifs: agir contre la grande dégradation

Le SNES et la FSU tirent la sonnette d’alarme depuis de nombreuses années sur les conditions de travail liées à l’augmentation des effectifs d’élèves et à un recrutement insuffisant. La rentrée 2018 est d’ailleurs celle d’une profonde aggravation de la situation. 25 000 élèves de plus arriveront dans les collèges et les lycées, alors que le nombre de professeurs diminuera. Nous avons d’ailleurs lancé une “Alerte effectifs”. Cette question est d’ailleurs une préoccupation importante des personnels.

Une insatisfaction légitime

Le sondage Ipsos réalisé pour le SNES et publié en mars 2018  le confirme : 75% des enseignant·e·s du secondaire s’estiment insatisfaits du nombre d’élèves par classe. 

Nos conditions de travail se détériorent

L’écart se creuse : les effectifs augmentent beaucoup plus vite que le nombre de postes créés.. quand ceux-ci ne sont pas en fait supprimés.

 

Et cette situation s’aggrave en 2018. La suppression de 2600 emplois d’enseignants et l’annonce de l’appel massif aux contractuels rappellent que l’Éducation Nationale n’est en rien préservée de la politique austéritaire ( – 120 000 agents en 5 ans dont 50 000 dans la fonction publique d’État).

 

À l’issue des Comités Techniques qui examinent la répartition locale des moyens affectés par le ministère, le SNES-FSU a mené une enquête nationale auprès de toutes ses sections académiques et départementales. Elle met concrètement en évidence les impacts négatifs de cette suppression :

– Dégradation des taux d’encadrement :

Dans l’académie de Dijon, + 200 élèves en collège, 13 postes en moins ;

moins 356 élèves en lycées (pré-bac), moins 48 ETP.

Dans les Alpes de Haute Provence 8 ETP supprimés pour 65 élèves en plus.

À Bordeaux, manque 120 emplois pour maintenir les taux d’encadrement.

À Marseille, + 30 ETP pour + 1729 élèves : baisse du taux d’encadrement.

Dans le Nord, « économie » de 45 divisions par l’augmentation des seuils calculatoires : +0,5 à 1 élève par classe pour toutes les catégories de collèges (y compris REP et REP+).

– Suppression de moyens d’enseignements :

Des enseignements ne reçoivent plus la dotation spécifique habituelle et les choix sont renvoyés sur la « marge d’autonomie » comme à Bordeaux pour les options à moins de 12 élèves en lycée ou l’apprentissage précoce de la LV2 espagnol dans les collèges.

Dans la Somme, aucun financement des bilangues ni des chorales.

Dans de nombreuses académies les langues anciennes en collège sont, quand elles le sont,  évidemment financées sur la marge, malgré la propagande ministérielle vantant leur « rétablissement » : « les horaires sont prélevés dans la dotation horaire supplémentaire de trois heures par semaine et par division attribuée à l’établissement ; le cas échéant, une dotation horaire spécifique peut être attribuée à cette fin » (circulaire n° 2018-012 du 24-1-2018 Mise en œuvre de l’enseignement facultatif de langues et cultures de l’Antiquité). Le cas n’est visiblement pas souvent échu.

– Surcharge de travail pour les enseignants :

À Versailles, augmentation impressionnante des heures supplémentaires prévues : + 3,5 %.

 

Ces conditions de travail avaient déjà été dégradées par la suppression massive d’emplois entre 2007 et 2012 alors que les effectifs étaient en légère hausse. Les créations entre 2012 et 2017 n’ont fait que stopper la dégradation sans améliorer la situation.

 

 

 

 

  • La démographie n’est pas en baisse dans le second degré.

 

 

Dans Ouest-France le 1er août, le premier ministre prétend que la volonté gouvernementale de transférer des moyens du secondaire vers le primaire serait facilitée par la démographie : « Nous voulons rééquilibrer nos moyens du secondaire vers le primaire. La démographie nous y aide ».

 

C’est totalement faux.

 

La cohorte massive 2006-2012 arrive au collège. La DEPP prévoit : + 20 000 élèves dans le second degré public à cette rentrée et + 32 000 à chaque rentrée de 2019 à 2021 !

 

Par ailleurs, au-delà des aspects idéologiques des réformes, la démographie permet de comprendre la précipitation à l’œuvre au ministère : la classe d’âge « creuse » 2002-2004 scolarisée dans les 3 niveaux du lycée en 2019, année de la mise en œuvre de la réforme Blanquer, laisse espérer au gouvernement une moindre visibilité de la baisse des moyens qu’elle induit. Les dégradations devraient être particulièrement aigues à partir de 2021-2022.

 

 

 

Forte augmentation du nombre d’élèves en collège.

 

L’entrée au collège, l’an dernier, de la génération 2006 marquait le début d’une hausse des effectifs.

Jusqu’en 2023, le collège verra arriver des classes d’âge nombreuses comprises entre 820 et 830 000 naissances.  À la rentrée 2021, les collèges compteraient 110 000 élèves de plus qu’à celle de 2017.

 

Stagnation des effectifs en lycée.

Les effectifs globaux du lycée seront stables à la rentrée 2018 et connaîtront une légère hausse en 2019, celle-ci s’amplifiant en 2021.

 

 

En conclusion :

Qui veut sincèrement relever le défi de la démocratisation constate que le second degré a plus que jamais besoin de moyens humains au moment où il accueille des classes d’âges très nombreuses et un public de plus en plus diversifié.

Supprimer des postes de stagiaires a bien des conséquences concrètes sur le terrain.

Le gouvernement se précipite sur la réforme du lycée pour saisir l’opportunité de la classe d’âge creuse de 2002-2004.